LE SITE DE BRAHIM MEGHERBI

 

Art et Poésie : Création avant tout

Leçon : Mithli

Dans le monde arabe, la sexualité est considérée comme un sujet tabou, et l'homosexualité est méprisée. En arabe littéraire, on utilise le terme luti, litt. "qui relève du peuple de Loth" c'est à dire celui de Sodome, ville du péché. On trouve aussi shadh jinsiyan litt. "pervers sexuel". En dialectal, ce n’est guère mieux : 'attay est "celui qui se donne" et c'est un terme d' injure.

Depuis une dizaine d'années, les gays se battent notamment au Proche-Orient pour que le terme utilisé soit mithli (jinsiyan), autrement dit "qui aime son semblable". Le terme est neutre et non-injurieux. Pourtant, en Europe, l'attention se focalise sur la prétendue homophobie intériorisée des gays d'origine arabe et non sur leurs combats pour faire valoir leurs revendications.

Mithli est le terme que j'utilise pour me décrire en arabe car je le trouve adéquat. En France, les gays se sont revendiqués "pédés" détournant ainsi une insulte. Ce n'est guère intelligent et d'un usage pour le moins illogique. Un homosexuel français intériorise ainsi une certaine honte et il utilise un terme homophobe. "Pédé" sert à se désigner et en même temps signale l'attitude homophobe.

Mithli pour moi est l'équivalent de gay : un terme positif.

CQFD.

Brahim Megherbi

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01/09/19

Vocation

J'ai toujours écrit, dessiné, créé mais je ne savais pas pourquoi auparavant. C'est lorsque j'ai mûri que je l'ai compris. L'acte artistique consiste à se battre pour des idées, celles que je défends. Quelles sont-elles?

Eh bien, pour commencer, disons que nul autre n 'en a fait ses valeurs. Avant tout, je défends la liberté d'expression : je ne suis peut-être pas forcément d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de vous exprimer. Voltairien, je ne supporte ni l'injustice liée à une différence de classe, ni la superstition.

Or, je constate en 2019, une profond ancrage des préjugés et des fausses idées religieuses. Exemples : un "beur" est un voleur, le monde arabe est homophobe, l’Islam est une religion violente . Athée par conviction, je comprends que l'individu, par peur de la mort, croit en un dieu. Que celui-ci se nomme Allah, Shiva ou le Christ m'importe peu. C 'est son droit : je suis tolérant.

Que Daech massacre des homosexuels, voilà un crime que jamais le Qur'an n'a prescrit. L'Islam réprouve l'homosexualité mais si châtiment il y a, c'est à Allah qu'il appartient, non à la main de l'homme.

Pourquoi cette interdiction alors?

L'Islam a puisé sa doctrine, comme le Christianisme, dans le Judaïsme dont elle a repris les figures.

Or, la doctrine juive du "peuple élu" s'est constituée par rejet des principes cultuels et sociaux cananéens où l'homosexualité était pratiquée. La Bible nous livre le nom de prêtres homosexuels : les kelebim. Idem pour la prostitution, institution à Canaan.

Le peuple juif voulant se distinguer de ses voisins a donc interdit leurs pratiques sociétales. De façon assez violente à vrai dire : le Lévitique enjoint à tuer l'homosexuel. Les Chrétiens ont de même prohibé l'homosexualité et l'Islam a repris ce précepte sans indiquer de façon claire dans son livre le châtiment (fouet si l'on assimilé l'homosexualité à la fornication). Ce n'est donc pas le Qur'an qui est homophobe, mais les religions issues du Judaïsme. D’autre part, Mahomet semble avoir toléré chez lui la présence d'hommes n'ayant pas de désir pour les femmes : les mukhannatun. A sa mort, les califes légiférèrent et considérèrent que l'homosexualité était punissable par la mort. Toutefois, elle fut tolérée dans le monde musulman en raison de la séparation des sexes.

La culpabilisation des homosexuels dans l'Algérie actuelle résulte de la colonisation française qui instaura un droit répressif.

Wilde ou Gide parvinrent à y échapper, mais l'on connait le destin malheureux de l'écrivain francophile.

Brahim Megherbi

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Claudia ( extrait de Queers, mon roman en anglais)

Amidst the strange people I've known in the Factory, there is Claudia. She is an old hag and a drunkard. I've never ever seen a woman who drinks so much but be careful she barks and she bites. She is married with a Spanish translator and she spends time in Ibiza during August. The result? She has a burnt face so she is forced to cover it with expensive make-up usually Guerlain. Does she know what is beauty? No, of course, she is a woman with a lust for power and she fucked her way up. She does not particularly like M.Lorenzo but as she is a hypocritical adder, she will never tell him the truth. She needs him because he owns the Factory and noone else can give her the feeling of belonging to the artistic gotha. What did she do? She gave head for sure and wrote something about Juan Benet. Not interesting at all. But she pretends to have an opinion about art although this not her cup of tea. Younger, when she was living in Paris, near rue de Florbelle, she practiced whoredom and her mistress was no other than Madame Claude, the notorious brothel keeper during World War II. This woman said that people would always pay for two things : sex and food. As she was not a good cook, she prefered enticing girls to prostitution. Claudia, born Fernande, learned wisely and well : she had a gift for deep-throathing. In these years, it was rare. So Madame Claude renamed her Claudia, it was a kind of reward, something important in this shady circles. Noone really knows how Madame died in 2015, but some said that the so-called Claudia gave her the absolution, by performing a lesbian cunilingus.

I don't know if this story is true. Lying is the rule in this world.

Taken from Queers

Brahim Megherbi Editions - Haus of Golgotha – 2019

 

 

Ayant souvent subverti la notion de "genre" par jeu, parce que cela m'amusait de choquer, je fus confronté à des ignorants qui me prirent pour ce que je n'étais pas. Considérant la chose avec humour, j'ai expliqué dans mon roman Les Nuits pourpres, ce que je pensais de l'ambiguïté sexuelle.

Aussi la prochaine fois que l'on me traitera de travesti, je fracasserai le crâne de l'impudent avec l'Encyclopedia Universalis. Evidemment,  je plaisante (quoique).

Extrait des Nuits pourpres, où l'on se rend compte de l'idiotie crasse des Universitaires parisiens

Mon film sur Héliogabale incita à la perplexité, car en France, les Intellectuels tendaient à confondre, en raison de la place infime, réservée aux Gender studies, à la différence des Universités américaines (notamment, Berkeley, en Californie), trois données : le sexe, le genre, et l’orientation sexuelle.

Le sexe (ou sex), donnée biologique, correspondait au fait d’avoir des organes génitaux masculins, ou féminins ; le genre, ou sexe social (gender), représentait le rôle, et l’ensemble des représentations culturelles normatives, attribuées à chacun des sexes. Le gender relevait d’une règle communément admise, mais ne désignait aucune réalité tangible. Le fait d’être homo, hétéro ou bisexuel, était une question de choix, plus ou moins, motivée par des phénomènes psychologiques, d’où le terme d’orientation sexuelle. Pour résumer, il y avait ce que l’on était, ce que l’on jouait, et ce que l’on faisait.

Le travestissement (ou le fait d’emprunter les vêtements du sexe opposé) relevait du transgénérisme, ou cross-gendering (ou changement de genre), alors que le transsexualité était une question d’identité sexuelle, biologique. Ceci se justifiait dans un modèle théorique, car la réalité était autrement plus complexe. Ce qu’une société X considérait comme des attributions féminines (le fait de porter une robe) pouvait être perçu par un autre groupe humain, comme une pratique liée à la virilité (ainsi, le fait de porter une djellabah, dans le monde musulman, ou un kilt, en Ecosse).

Certaines célébrités, telles que David Bowie, Marilyn Manson, Brian Molko, d’une part, ou Annie Lenox, Madonna, Grace Jones, d’autre part, s’étaient amusées à brouiller la frontière entre les genres, moins pour transgresser une norme sociale, que pour montrer les diktats imposés à chaque sexe, par un système encor empreint de patriarcat.

Bowie était apparu, sur la pochette de The Man who sold the world, revêtu d’une longue robe féminine, jouant sur une certaine androgynie, que sa femme Angie prenait plaisir à soutenir, semant la confusion, dans les esprits bien-pensants des Seventies.

Le cas de Marilyn Manson était, plus intéressant encor, car s’il revendiquait l’héritage de Bowie, en se composant des dramatis personae, de façon à souligner la transmission du thème, à travers le temps, il se définissait « comme un être androgyne, et asexué, cherchant à ne représenter ni un homme, ni une femme, mais plutôt un entre-deux ».

Comme beaucoup de penseurs postmodernistes, Marilyn Manson rejetait le métarécit originel de la société judéo-chrétienne, basé sur le texte de la Genèse (sexe génétique = gender = hétérosexualité obligatoire). Dans Mechanical animals, Marilyn Manson allait plus loin, en se créant l’alter ego d’Omega, qui figurait, nu sur la couverture du livret, mais sa nudité blanche (retouchée par informatique) ne montrait, en guise d’organes génitaux, qu’un renflement indifférencié, au niveau de l’entrejambe, mont de Vénus, ne surmontant point de fente vaginale, à moins que les testicules et le pénis n’aient été absents. Omega était conçu en référence aux poupées Mattel (Barbie et Ken) et Manson soulignait ainsi un état d’innocence de l’enfance. Que signifiait ce paradoxe, si on l’appliquait à l’ambivalence sexuelle ? Il désignait l’existence d’une part féminine, chez l’homme (Marilyn, symbole de frivolité et de glamour), et d’une part masculine, chez la femme (Manson, comme représentant de la violence et de l’agressivité).  Jung parlait, quant à lui, d’animus, et d’anima.

Qu’il s’entoura de tous les clichés du grand cirque rock n’roll (prétendues beuveries d’une Superstar, qui carburait, plus souvent au Coca Cola light, qu’à la cocaïne, avec laquelle, il prenait un malin plaisir à être pris en photo) ne remettait pas en cause son puissant intellect. Interrogé sur ses références culturelles, Marilyn Manson citait Roland Barthes, Michel Foucault, Andy Warhol, Hegel et Friedrich Nietzsche, tout en se passionnant pour les apôtres de la contre-culture, de Timothy Leary à William Bourroughs, en passant par Kenneth Anger. Mais, qui, au XXIe siècle, lisait encore les philosophes allemands du XIXe siècle ?

Certainement pas les Universitaires Français, qui ne comprenaient rien, à Marilyn Manson, ni à Héliogabale, d’ailleurs.

Brahim MEGHERBI - EDILIVRE - Tous droits réservés - 2013